Une histoire pour Bibi
A Ouvéa, nous avons voulu faire une mayonnaise.
Deux jaunes d'œufs, et de l'huile, normalement cela marche bien.
La mayonnaise est bien montée, elle était belle et compacte et d'un seul coup piouf elle a tourné. En chimie culinaire quand cela arrive, c'est qu'il y a un manque d'eau pour que l'émulsion soit possible. Pour remédier à cet état de fait, il suffit de rajouter un peu d'eau tiède et c'est reparti.
Mais là, non, cela n'a pas suffit, Betty a décidé d'en refaire une qu'elle a bien entendu réussi.
Moi, je n'étais pas satisfaite de cela. J'ai repris la mayo ratée, j'ai ajouté de la moutarde et avec opiniâtreté j'ai battu, battu avec pour seul instrument, une fourchette !
J'ai réussi à reprendre la mayonnaise et nous l'avons dégustée avec les sardines du pêcheur à l'épervier ; miam .
Morales de l'histoire :
1) Les gestes de la vie quotidiennes sont porteurs de morale.
2) On peut parfaitement être capable de faire quelque chose mais de le rater malgré tout, parce que l'on n'est pas dans son milieu.
3) Avec peu de moyen mais avec de la volonté, on arrive au bout de ses objectifs.
4) On peut toujours rattraper ses échecs à condition de le vouloir vraiment.
5) Quand l'épreuve est terminée, on a du plaisir.
En commentaire, vous pouvez, si vous le voulez, trouver d'autres morales à cette histoire.
Deux jaunes d'œufs, et de l'huile, normalement cela marche bien.
La mayonnaise est bien montée, elle était belle et compacte et d'un seul coup piouf elle a tourné. En chimie culinaire quand cela arrive, c'est qu'il y a un manque d'eau pour que l'émulsion soit possible. Pour remédier à cet état de fait, il suffit de rajouter un peu d'eau tiède et c'est reparti.
Mais là, non, cela n'a pas suffit, Betty a décidé d'en refaire une qu'elle a bien entendu réussi.
Moi, je n'étais pas satisfaite de cela. J'ai repris la mayo ratée, j'ai ajouté de la moutarde et avec opiniâtreté j'ai battu, battu avec pour seul instrument, une fourchette !
J'ai réussi à reprendre la mayonnaise et nous l'avons dégustée avec les sardines du pêcheur à l'épervier ; miam .
Morales de l'histoire :
1) Les gestes de la vie quotidiennes sont porteurs de morale.
2) On peut parfaitement être capable de faire quelque chose mais de le rater malgré tout, parce que l'on n'est pas dans son milieu.
3) Avec peu de moyen mais avec de la volonté, on arrive au bout de ses objectifs.
4) On peut toujours rattraper ses échecs à condition de le vouloir vraiment.
5) Quand l'épreuve est terminée, on a du plaisir.
En commentaire, vous pouvez, si vous le voulez, trouver d'autres morales à cette histoire.
Par Mireille Rolly, samedi 20 septembre 2008 à 01:00 :: General
Rose bonbon sucé
Je vous livre ici, la nouvelle que j'ai écrite pour le concours local organisé par l'association «Écrire en Océanie». Il s'agissait d'écrire un texte de deux pages A4 maxi entre le vendredi 5 à 20h et le samedi 6 à midi sur un thème choisi : "Un jour d'une vie"
Comme je suis sûr de ne pas gagner parce que nous avons la chance d'avoir, ici, de bien meilleurs écrivains que moi ; je vous la livre en avant première.
Le style est parfois lourd mais le sujet est original, c'est ce qui fait de cette histoire une chose parfaitement lisible.
Rose bonbon sucé
Peut-on vraiment réduire une vie entière à un seul jour ?
Voilà la question qu’Esther se posait ce matin là, en se regardant dans le miroir de sa minuscule salle de bain.
Au seul jour du 6 août 2006 pour être plus précis.
Esther est une jolie jeune fille, toujours bien mise, aimable. Un trésor pour son entourage. Elle a toujours une pensée pour ses proches tout en sachant parfaitement gérer les petits soucis du quotidien.
Brillante, avec un parcours scolaire royal jusqu’à être diplômée d’une grande école de commerce, elle a toujours eu le courage nécessaire pour assumer tout ce qui rend la vie des grandes villes stressante.
Cela n’avait pas toujours été simple, elle avait eu parfois, des moments de désespoir. Il lui avait fallu une bonne dose d’adaptabilité pour se retrouver seule à Paris après avoir vécu une enfance aussi douce qu’insouciante à Bourail.
“Fille de la brousse” comme elle aime à se qualifier parfois, il lui avait été affectivement très difficile de se retrouver sans sa famille, à des milliers de kilomètres de son village natal. Elle avait fait front. C’était dans son caractère, de ne pas se laisser aller, de regarder les problèmes en face afin de les résoudre. A la fin de ses études, Paris la fascinante ne l’avait pas laissé la quitter si vite. Esther avait préféré faire ses armes dans la capitale avant de retourner définitivement sur son “caillou”.
Elle travaillait à Paris depuis deux ans déjà quand elle avait appris l’accident mortel de sa mère.
Cet accident avait été un évènement horrible pour Esther qui lui était très liée. Elles partageaient beaucoup de choses ensemble mais surtout des trucs de filles comme faire les magasins ou l’horreur de la couleur rose qu’elles trouvaient mièvre et surannée.
Cette perte, était arrivée de façon si abrupte que tous ses repères semblaient s’être échappés et que la culpabilité de ne pas avoir été présente à Nouméa au moment du drame, la rongeait.
Elle savait que sa mère désirait la voir revenir sitôt ses études terminées mais Esther, voulant faire carrière, avait préféré trouver du travail en France. Elle culpabilisait, à présent, parce qu’elle se rendait compte que le temps passé avec les êtres chers était primordial dans la vie.
Les obsèques avaient été un moment éprouvant et en même temps déroutant à cause des consignes peu conventionnelles que sa mère avait laissées en cas de décès.
Ni veillée du corps, ni cérémonie religieuse, ni fleurs, ni couronnes, tout juste une rose rouge et le requiem de Mozart. Sans personne pour faire l’oraison funèbre de la défunte il lui avait semblé que la cérémonie avait été bâclée. Une gêne mêlée à la tristesse s’était emparée d’elle et ce sentiment étrange ne l’avait pas encore quitté. Son père, encore sous le choc ne lui avait été d’aucun secours. Souvent, les hommes meurtris ne révèlent que de l’absence, lui avait appris sa mère.
Ensuite, cela avait été le retour à Paris avec l’urne bien scellée dans sa valise, enfin le rendez-vous avec un représentant de la société Eternity et la remise des cendres.
Le 6 août 2006 donc, en prenant son petit déjeuner avec un calme peu naturel, elle repensa à sa mère qui était le meilleur cordon bleue qu’elle connaissait et qui ne cessait de lui faire des recommandations en matière de diététique et de cuisine, ce qui avait le don de l’exaspérer. Plus personne ne se soucierait à présent, de sa santé. Cela créa en elle un manque profond mais la pensée qu’elle devait se rendre à l’hôtel Ritz pour retrouver le représentant d’Eternity, pendant sa pose déjeuner, lui permit de sortir de ce mal être et de se préparer à partir.
Dans l’ascenseur, elle croisa la dame du dessus accompagnée de sa petite fille. Elle parlaient d’école et de cantine comme l’avaient mainte fois fait Esther et sa mère pendant toute sa jeunesse. Le même lien semblait les unir, un lien fort, unique.
Sa matinée de travail se passa, c’est tout. Elle vécut ce moment dans l’attente de la fin comme sa mère avait dû vivre l’attente de son retour annuel. A midi, connaissant le plan du métro quasiment par cœur, elle n’eut pas besoin de vérifier qu’elle prendrait la ligne 1 jusqu’à Opéra.
Sur le quai, elle fût retardée par l’annonce d’un suicide sur la ligne. Cela l’énerva sachant que son temps était compté. Ce communiqué lui rappela la tristesse de sa mère à chaque fois que quelqu’un parlait de suicide. Bien avant sa naissance, sa mère avait perdu un frère qui s’était donné la mort par pendaison. Cet évènement était resté douloureux au point que des larmes coulaient de ses yeux de manière quasi automatique quand elle entendait le mot fatidique.
Une heure plus tard, assise en face de Monsieur L, elle ne sut pas trop quoi lui dire à part les usuelles marques de politesse. Lui, semblait soucieux et penaud mais elle ne le comprit pas vraiment avant qu’il lui dise qu’il y avait eu une malencontreuse confusion dans la commande.
Monsieur L, était représentant de la firme Eternity spécialisé dans la fabrication de diamants à partir de cendres humaines. Cela avait été le vœu de sa mère de briller de mille feux pour l’éternité en laissant une trace sur cette terre sous la forme d’un diamant bleu.
Monsieur L lui tendit l’écrin de velours pourpre ; elle l’ouvrit lentement pour apercevoir un gros diamant rose, rose bonbon sucé, la couleur qu’elle-même et sa mère exécraient.
Silence, angoisse, Monsieur L était dans ses petits souliers et essayait de se justifier par un discours embrouillé qu’Esther n’écouta pas.
Pour elle, c’était comme si sa mère mourrait une deuxième fois.
Elle se leva et fit quelques pas dans le magnifique salon de l’hôtel. “Ne pas laisser mes sentiments dominer mon esprit” c’est ce qu’elle se répètait afin de ne pas exploser de colère. Elle reprit sa place et regarda Monsieur L avec une intensité fiévreuse mêlée d’amertume.
Pendant une dizaine de minutes elle resta ainsi absente et concentrée, elle se reconstruisait.
“Aléa jacta es” pensa-t-elle enfin. “On ne peut jamais revenir en arrière, ce qui est fait, est fait. Après tout, si le bleu est le symbole de la tolérance, le rose est celui de l’amour, de la pureté, de la fidélité, cela va tout aussi bien à ma mère.”
Si vous apercevez Esther aujourd’hui vous pourrez vous rendre compte qu’elle porte toujours sur elle, quelque chose de rose, un ruban, des chaussures, un bracelet. C’est sa façon à elle de garder l’amour de sa mère dans son cœur.
Comme je suis sûr de ne pas gagner parce que nous avons la chance d'avoir, ici, de bien meilleurs écrivains que moi ; je vous la livre en avant première.
Le style est parfois lourd mais le sujet est original, c'est ce qui fait de cette histoire une chose parfaitement lisible.
Rose bonbon sucé
Peut-on vraiment réduire une vie entière à un seul jour ?
Voilà la question qu’Esther se posait ce matin là, en se regardant dans le miroir de sa minuscule salle de bain.
Au seul jour du 6 août 2006 pour être plus précis.
Esther est une jolie jeune fille, toujours bien mise, aimable. Un trésor pour son entourage. Elle a toujours une pensée pour ses proches tout en sachant parfaitement gérer les petits soucis du quotidien.
Brillante, avec un parcours scolaire royal jusqu’à être diplômée d’une grande école de commerce, elle a toujours eu le courage nécessaire pour assumer tout ce qui rend la vie des grandes villes stressante.
Cela n’avait pas toujours été simple, elle avait eu parfois, des moments de désespoir. Il lui avait fallu une bonne dose d’adaptabilité pour se retrouver seule à Paris après avoir vécu une enfance aussi douce qu’insouciante à Bourail.
“Fille de la brousse” comme elle aime à se qualifier parfois, il lui avait été affectivement très difficile de se retrouver sans sa famille, à des milliers de kilomètres de son village natal. Elle avait fait front. C’était dans son caractère, de ne pas se laisser aller, de regarder les problèmes en face afin de les résoudre. A la fin de ses études, Paris la fascinante ne l’avait pas laissé la quitter si vite. Esther avait préféré faire ses armes dans la capitale avant de retourner définitivement sur son “caillou”.
Elle travaillait à Paris depuis deux ans déjà quand elle avait appris l’accident mortel de sa mère.
Cet accident avait été un évènement horrible pour Esther qui lui était très liée. Elles partageaient beaucoup de choses ensemble mais surtout des trucs de filles comme faire les magasins ou l’horreur de la couleur rose qu’elles trouvaient mièvre et surannée.
Cette perte, était arrivée de façon si abrupte que tous ses repères semblaient s’être échappés et que la culpabilité de ne pas avoir été présente à Nouméa au moment du drame, la rongeait.
Elle savait que sa mère désirait la voir revenir sitôt ses études terminées mais Esther, voulant faire carrière, avait préféré trouver du travail en France. Elle culpabilisait, à présent, parce qu’elle se rendait compte que le temps passé avec les êtres chers était primordial dans la vie.
Les obsèques avaient été un moment éprouvant et en même temps déroutant à cause des consignes peu conventionnelles que sa mère avait laissées en cas de décès.
Ni veillée du corps, ni cérémonie religieuse, ni fleurs, ni couronnes, tout juste une rose rouge et le requiem de Mozart. Sans personne pour faire l’oraison funèbre de la défunte il lui avait semblé que la cérémonie avait été bâclée. Une gêne mêlée à la tristesse s’était emparée d’elle et ce sentiment étrange ne l’avait pas encore quitté. Son père, encore sous le choc ne lui avait été d’aucun secours. Souvent, les hommes meurtris ne révèlent que de l’absence, lui avait appris sa mère.
Ensuite, cela avait été le retour à Paris avec l’urne bien scellée dans sa valise, enfin le rendez-vous avec un représentant de la société Eternity et la remise des cendres.
Le 6 août 2006 donc, en prenant son petit déjeuner avec un calme peu naturel, elle repensa à sa mère qui était le meilleur cordon bleue qu’elle connaissait et qui ne cessait de lui faire des recommandations en matière de diététique et de cuisine, ce qui avait le don de l’exaspérer. Plus personne ne se soucierait à présent, de sa santé. Cela créa en elle un manque profond mais la pensée qu’elle devait se rendre à l’hôtel Ritz pour retrouver le représentant d’Eternity, pendant sa pose déjeuner, lui permit de sortir de ce mal être et de se préparer à partir.
Dans l’ascenseur, elle croisa la dame du dessus accompagnée de sa petite fille. Elle parlaient d’école et de cantine comme l’avaient mainte fois fait Esther et sa mère pendant toute sa jeunesse. Le même lien semblait les unir, un lien fort, unique.
Sa matinée de travail se passa, c’est tout. Elle vécut ce moment dans l’attente de la fin comme sa mère avait dû vivre l’attente de son retour annuel. A midi, connaissant le plan du métro quasiment par cœur, elle n’eut pas besoin de vérifier qu’elle prendrait la ligne 1 jusqu’à Opéra.
Sur le quai, elle fût retardée par l’annonce d’un suicide sur la ligne. Cela l’énerva sachant que son temps était compté. Ce communiqué lui rappela la tristesse de sa mère à chaque fois que quelqu’un parlait de suicide. Bien avant sa naissance, sa mère avait perdu un frère qui s’était donné la mort par pendaison. Cet évènement était resté douloureux au point que des larmes coulaient de ses yeux de manière quasi automatique quand elle entendait le mot fatidique.
Une heure plus tard, assise en face de Monsieur L, elle ne sut pas trop quoi lui dire à part les usuelles marques de politesse. Lui, semblait soucieux et penaud mais elle ne le comprit pas vraiment avant qu’il lui dise qu’il y avait eu une malencontreuse confusion dans la commande.
Monsieur L, était représentant de la firme Eternity spécialisé dans la fabrication de diamants à partir de cendres humaines. Cela avait été le vœu de sa mère de briller de mille feux pour l’éternité en laissant une trace sur cette terre sous la forme d’un diamant bleu.
Monsieur L lui tendit l’écrin de velours pourpre ; elle l’ouvrit lentement pour apercevoir un gros diamant rose, rose bonbon sucé, la couleur qu’elle-même et sa mère exécraient.
Silence, angoisse, Monsieur L était dans ses petits souliers et essayait de se justifier par un discours embrouillé qu’Esther n’écouta pas.
Pour elle, c’était comme si sa mère mourrait une deuxième fois.
Elle se leva et fit quelques pas dans le magnifique salon de l’hôtel. “Ne pas laisser mes sentiments dominer mon esprit” c’est ce qu’elle se répètait afin de ne pas exploser de colère. Elle reprit sa place et regarda Monsieur L avec une intensité fiévreuse mêlée d’amertume.
Pendant une dizaine de minutes elle resta ainsi absente et concentrée, elle se reconstruisait.
“Aléa jacta es” pensa-t-elle enfin. “On ne peut jamais revenir en arrière, ce qui est fait, est fait. Après tout, si le bleu est le symbole de la tolérance, le rose est celui de l’amour, de la pureté, de la fidélité, cela va tout aussi bien à ma mère.”
Si vous apercevez Esther aujourd’hui vous pourrez vous rendre compte qu’elle porte toujours sur elle, quelque chose de rose, un ruban, des chaussures, un bracelet. C’est sa façon à elle de garder l’amour de sa mère dans son cœur.
Par Mireille Rolly, mercredi 10 septembre 2008 à 08:19 :: General