"Ce mois-ci, il pleuvra" ; avaient dit les cartes, de légers rhumatismes semblaient corroborer ces présages. Hélas! Jeanne, ma sœur Jeanne, nous ne voyons rien venir. De temps à autre, de gros cumulonimbus remplis d'eau et défiant la gravité, restent suspendus, comme à jamais, dans le ciel qui n'ose même plus vouloir changer de couleur ; ces nuages porteurs de belles promesses, je leur en veux, qu'ils disparaissent, rien n'est pire que l’espérance désavouée. Le bout de mon tuyau d'arrosage est devenu une sorte d'extension de mon bras. Trois heures par jour, je m'astreins à arroser les arbres et les plates bandes. Ces flots s'écoulant sans interruption minent mon moral. J'ai l'impression d'être prise en otage, alors que la vie pulse quelque part ailleurs, loin, là-bas. Heureusement, ce matin un papillon est venu se poser sur mon épaule, gracile petit être, merci de me redonner espoir.