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Le carnet de route de la famille Rolly


L'orage et sa leçon




Ô désir de possession !
Mardi dernier (en quinze), un agent immobilier, tailleur serré et chaussures de ville, nous emmena devant l’entrée de la propriété.
« Vous êtes bien équipés » avait-t-elle remarqué en voyant la serpette de l’un et le bâton de rando de l’autre.
Oui, certes, mais en même temps ce n’est pas un appart du XVI° que nous projetions de visiter mais une forêt ariégeoise.
Elle nous donna le plan de la parcelle et nous fit « tata » de sa voiture qui disparut très vite sur la route verdoyante.
Le creek, peu actif en cette saison, facilement enjambé, nous pénétrâmes dans la forêt en toute tranquillité, la parcelle n’étant pas très grande, en un peu plus d’une heure, nous en avions une bonne idée. Des noisetiers, des châtaignés, de grands chênes, des champignons, des traces de chevreuils, tous les ingrédients d’une forêt comme j’en ai l’idée étaient présents ; fougères et arbustes donnaient, sous la frondaison des géants, une touche de luxuriance.
Enchantement.
Très enthousiastes, de retour à la maison, j’assistais moralement Alain dans sa recherche de localisation des parcelles avec un outil extraordinaire : Géoportail.
Oups, en additionnant les hectares avec les ares et les centiares, nous n’arrivions pas à ce que nous promettait l’agent en terme de surface.
Quelques coups de fils et voix de robot plus tard, nous tînmes une explication. Point d’entourloupe mais un oubli : une parcelle détachée de l’ensemble est comprise dans le lot à vendre.
Qu’à cela ne tienne, nous enfilâmes de nouveau nos chaussures et partîmes, samedi après-midi, pour cette seconde exploration.
Bel endroit ; un cèpe, s’exposant malencontreusement pour lui, au beau milieu de sentier, se retrouva rapidement dans le sac.
L’absence de bornage, les grands arbres fermant la vue, la disparition de la clairière seul repère cartographique valable, nous ont laissé un peu pantois au sommet de la colline.
Partis par temps clément, nous nous retrouvions à observer un ciel gris de mauvais augure.
« C’est le tonnerre que nous entendons là » disais-je à Alain très affairé avec ses cartes.
« Ce que tu entends, cela doit être le vent dans les arbres » répondit-il d’une voix se voulant cent pour cent rassurante.
Hum, hum malgré tout, nous décidâmes de redescendre plus vite que prévu.
Les premières gouttes de pluie, éparses et gentilles, s’accompagnèrent d’un grondement plus accentué mais toujours pas d’éclairs en vue.
Dix minutes plus tard, les gouttes ont gagné en quantité et intensité, nous sommes rapidement trempés, néanmoins la chaleur ambiante nous évita de ressentir le froid.
Soudain, je sursautai au tintamarre du tonnerre, un éclair illumina soudain notre alentour.
Cela y était, nous étions, bel et bien, au cœur de l’orage, pendant environ huit minutes, cela claqua presque sans interruption, tout près de nous, à quelques mètres à peine.
Panique, panique… Alerte maximum déclenchée, il paraît que dans ces cas-là, tous nos sens sont concentrés et des chiquenaudes d’adrénaline véhiculée par une circulation du sang accélérée, nous permettent de décupler nos fonctions physiques et cognitives, bon.
Me rappelant d’avoir lu un livre parlant de survie, j’essayais de me rappeler les consignes à adopter dans ce genre de situation, mais mon cerveau ne trouva pas les connections appropriées, grande et minuscule à la fois, est notre mémoire.
Il faut dire que mon attention était accaparée par l’incessant choix de savoir où poser mes pieds afin de ne pas glisser. La forte déclivité et la pluie avaient rapidement transformé le sentier en piste noire. Nous étions bien loin de l’aisance d’une promenade de santé, néanmoins remplis d’élan, nous dévalions la pente à grands pas.
Me remémorant, au moins, qu’il est déconseillé de singer le Dieu Jupiter dans ces cas-là, j’insistais pour qu’Alain range sa serpette dans le sac.
La rapidité avec laquelle cet orage nous surpris n’eut d’égal que sa disparition.
Se sachant tirés d’affaire, nous continuâmes, malgré tout, sur notre lancée et arrivâmes rapidement à la voiture. Trempés mais heureux, nous partîmes immédiatement. Si l’orage était parti, la pluie, elle, continuait de tomber, abondante, soustrayant toute lumière, puis quelques kilomètres plus loin, plus rien, l’asphalte était sec comme un coup de trique, mais nous, toujours ruisselants.
Comme toute aventure, nous en avons tiré des leçons : Maintenant, je sais ce qu’il faut faire en pareil cas.
Ne pas se mettre sous les arbres.
Se démunir de tout objet en métal (même une boucle de ceinture (sic)).
Ne pas marcher à grands pas !
Ne pas garder les jambes écartées.
Se mettre en boule au sol et attendre que cela passe.



La forêt avant la pluie :












Sur la route du retour :