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Le carnet de route de la famille Rolly


Tout vient à point à qui sait attendre



Assise par terre, j’ai à hauteur de mes yeux la cellulite tremblotante d’une petite nana mignonne parfaitement galbée dans son petit jean et sa veste en cuir qui finit à la taille, visiblement, elle a froid. J’échappe à cette souffrance, ayant préféré le confort d’une vraie veste d’hiver, longue, noire, à une tenue plus citadine et élégante. Tennis et jean complète cette piètre parure qui me permet un certain laisser-aller. Je suis la seule à être assise par terre sur le gazon entourant la fontaine, probablement que les mégots et les chewing-gum écrasés qui m’entourent y sont pour quelque chose mais connaissant mes limites de fatiguabilité, je préfère anticiper. Juste devant, un poken, la cinquantaine svelte, toison grise et lunettes rondes, replie avec beaucoup de méticulosité son casque audio dans son étui puis place le tout dans son élégant sac à dos. Derrière moi, deux nanas discutent du passé et du devenir probable de leurs connaissances communes. Elles passent de l’une à l’autre sans discontinuité. Petit à petit, nous apprenons tout de leur vie. Le naturopathe de la plus ridée lui a supprimé la moitié de ce qu’elle bouffait. Ces charlatans seraient-ils responsables de la médiocrité de notre économie ? Cinq ou six personnes sont autorisées à pénétrer dans le royaume toutes les vingt minutes environ mais j’ai attendu parfois plus d’une demi-heure sans bouger d’un chouya. L’attente par elle-même ne me gêne pas, ce n’est pas plus déplaisant qu’un vol aérien, un moment de non-vie obligé, toutefois, je me rêve comédienne accostant un inconnu du devant de la file et lui disant « Salut Jacques, merci de m’avoir attendu » ou encore d’inventer un évanouissement conséquent d’un coup de froid ou de m'équiper d'une chaise roulante. Cela pourrait être pire, il pourrait faire encore plus froid ou pleuvoir, il faut vraiment être motivé pour attendre comme cela trois heures trente, oui plus de trois heures, dehors et debout afin d’entrer au Grand Palais pour voir l’exposition de Claude Monet. C’est vrai qu’une fois dedans on oublie tout, l’exposition valait bien cet effort. Dans la foulée, nous avons vu aussi l’exposition 1500. Une belle collection d’objets d'art du début de la renaissance française dont des livres enluminés, un régal.

N comme Nord



Tout est allé un peu vite mais nous avons découvert de belles choses dans la région de Dottignies, traversant un jour sur l’autre la frontière de jour comme de nuit. Avec Hélène et Rémi nous avons eu la chance d’avoir les quatre derniers strapontins pour l’Opéra de Lille qui jouait Orlando de HAENDEL. Hélène m’a accompagnée pour visiter La Piscine à Roubaix, le musée Magritte à Bruxelles et enfin le Lam à Villeneuve d’Asq qui possède la plus importante collection d'art brut. Nous avons été très intéressés par le musée de la dentelle à Calais, et monument au morts de la ville d'Ypres.
Vous trouverez bien tous seuls quelle photo correspond à quel site, je fais confiance à votre perspicacité.




























Les noms de 54.896 soldats du Commonwealth dont de nombreux australiens et néo-zélandais morts près d'ici sont gravés sur les parois du mémorial. De les voir ainsi écrits me fait toucher avec une réalité cuisante toute l'horreur de la première guerre mondiale.

En passant par la Meuse




Des moules frites pour notre premier déjeuner en Belgique à Dinant. Une promenade en bateau sur la Meuse a prolongé agréablement ce moment de détente.









Tombe, tombe la neige



Nous sommes à : Le Chambon sur Lignon, il neige....

Colmar
















A Colmar, je me suis surtout reposée, laissant les heures s’enfuirent sans tenter de les retenir. J’ai rencontré le vieux curé dont j’ai déjà parlé, je me suis un peu laissée embobiner et il s’est ainsi retrouvé chez moi pour le déjeuner du dimanche. J’étais intéressée par son parcours. Professeur de lettres classiques au lycée Condorcet, devenu prêtre à l’âge de 45 ans, il a passé une partie de sa retraite attaché à une paroisse suisse.
Aujourd’hui à 80 ans, il est retiré ici.
Tous les jours, il descend de chez lui et vient s’asseoir sur un banc de la place. De façon très joviale, il s’adresse aux touristes perdus afin de les aider à trouver leur chemin. Il montre ainsi le visage de quelqu’un de sympa, sûr de lui et de ses capacités, c'est un peu ainsi qu'il m'a alpaguée.
C’est un ecclésiastique sans aucun doute mais tellement éloigné de l’image que j’ai du bon prêtre ! Sans penser tomber sur un autre Abbé Pierre, je m’imaginais au vu de la croix qu’il portait sur le revers de son veston qu’il me raconterai des histoires de prières, de vie pieuse et d’amour de son prochain. Rien de tout cela, ce qui l'intéressait avant toute chose, était que je cuisine pour lui.
Après le repas béni pris ensemble, il m'emmena visiter la ville mais il ne voulut pas payer les entrées des différents sites et resta donc dehors. Alors que nous passions devant une pâtisserie qui distribuait des friandises aux touristes, il me poussa devant pour que j’en prenne afin de les lui donner (sic). Nous avons compris le lendemain, que son intention de nous accompagner chez le vigneron n’était pas innocente, il ne voulait que profiter de la dégustation à l’œil.
Je l’ai accompagnée jusque chez lui. Il habite un superbe appartement au premier étage, il a en a aussi un autre à Paris. Il a beaucoup de mal à monter les escaliers et à se déplacer tout court parce qu’il est en sur-poids, au moindre effort sa poitrine siffle, son teint verdit. De temps à autre, il se rend chez Lidl pour faire ses courses. Pour y aller, il doit prendre un bus alors qu’un supermarché Casino est situé à deux cents mètres de sa rue. Là, il achète toujours les mêmes articles issus de l’industrie alimentaire parce que ne voulant pas « perdre de temps à faire de la cuisine » il mange tous les jours que Dieu fait exactement au nombre de biscuit près la même chose. Son régime alimentaire est basé sur des produits très gras (mayonnaise avec de la rillettes) et sucrés (biscuit, tiramisu, et limonade). Il perd la mémoire, ce qui l’oblige à prendre des notes de ce qui s’est passé dans la journée. Il ne sait plus très bien où se trouve la Nouvelle-Calédonie et ne comprend absolument pas comment je peux y vivre. Il me dit « Comment pouvez-vous vivre là-bas, c’est loin de tout, c’est loin de la France, de l’Angleterre, de l’Allemagne, de la Suisse, de l’Italie ». Les arguments que j’avance ne semblent aucunement lui parler. C’est chose impossible pour lui d’imaginer, qu’une personne sensée puisse vivre ailleurs qu’en Europe. Je l’ai accompagné jusque dans son appartement. Un espace hallucinant. C’est encombré du sol au plafond par une multitude d’objets divers, de peintures, de dessins, de sculptures, de livres rangés selon leur genre, d’objets de culte sous cloche de verre, de petites babioles ultra kitch. Le plus étrange étaient les deux tables dressées, attendant des invités fantômes. Y était posés, plusieurs plats, verres, et le clou du spectacle de petites terrines Le Creuset bleu marine installées soigneusement au centre des assiettes. Tout cela recouvert d’une couche de poussière empruntée au château de la belle au bois dormant. Les verres devenus opaques ont pris la même couleur gris sale que la nappe. Seules les terrines gardent un semblant de brillance, elle doivent être les dernières acquises. Exemple de la surabondance, le nombre de ses canes à l'entrée : douze et cinq parapluies étouffent dans le porte-parapluie. Lorsque je lui demande pourquoi il a autant de choses chez lui, il me dit « Parce que tout cela m’intéresse ». Sa réponse m’a laissée perplexe.


J'ai visité deux musées : Dans l'un, une oreille m'a intriguée, pas n'importe laquelle, celle sculptée par Bartholdi. C'est le seul plâtre gardé par l'artiste de la statue de la Liberté de NY. "C'est pas un gosse, cette oreille" comme on dit chez nous. Une belle oreille de Zoreille





et le musée d'Unterlinden. J'ai été impressionnée par la grandeur et la richesse de ce musée. Colmar est une ville plus petite que Nouméa et possède un musée trois ou quatre fois plus grand, j'étais un peu jalouse de cela. De belles choses mais ce qui a attiré plus particulièrement mon attention est ce grand tapis accroché au mur comme une tenture tricoté à la main. Je ne savais pas que cette technique avait existé.




Sinon, la ville entière est un véritable plaisir pour mirettes curieuses. J'ai particulièrement aimé les façades des églises faites de patchwork de pierre d'origine différente.







Pour finir deux vélos amoureux :




Ouuuuups



Je ne peux plus importer mes photos sur le site. J'en appelle à mon magicien qui saura bien me réparer cela. C'est bien dommage pour vous parce que certaines sont pas mal.

Nono: Valaaaaaa c'est réparé.

Le Nord







Quelques nouvelles récentes : Tout va bien.
Après trois semaines dans le Lauragais à chercher une maison, nous sommes partis en Alsace. Je suis restée à Colmar à flâner dans les rues pendant qu’Alain était commissaire sur le rallye de France. Colmar est une petite ville splendide baignée de Gewurztraminer, c’est la deuxième fois que je viens en Alsace et je fais toujours le même constat : Les alcooliques ici ont des circonstances atténuantes. Nous avions loué un appartement dans l’hyper centre. Sur la place tout à côté, j’ai rencontré un vieux curé. Une figure ! Il faudrait que je vous en parle mais je n’ai pas trop le temps aujourd’hui.

Il nous a emmené chez un producteur de vin, pas avare de son art, ce qui nous a permis de connaître mieux la vie des vignerons et de différencier les différents cépages des Alsaces.
Continuant vers le Nord, nous avons fait un arrêt à Luxembourg. La ville est telle que je l’imaginais, élégante et calme. Mais, j’avais envie d’un peu de verdure et l’automne commençant à poindre son carmin, j’ai voulu faire un arrêt en forêt pour filmer les premières tombées de feuilles. C’était un enchantement digne des plus belles histoires celtiques. Ce qui est formidable avec l’humain, c’est sa capacité à s’étonner. Cela m’épate toujours d'être ébaudie par la couleur d’un champignon, le galbe d’une branche esseulée, un silence révélateur, tout autant que par une œuvre d’art résolument contemporaine ou un sourire, un signe quelconque de reconnaissance humaine.
Je ne le redirai jamais assez, j’aime la vie.

Encore un peu au nord et nous voilà en Belgique. Place à la culture, entre Roubaix, Calais, Ypres, Lille, Bruxelles, et Paris nous avons fait un plein d’amour.












Kilrush

Dernière grande étape de notre voyage en Irlande : Kilrush


Nous ne sommes pas les premiers calédoniens à passer un peu de temps dans la ville de Kilrush du Comté de Clare. L’on pourrait se demander pourquoi cet engouement subi pour une petite ville inconnue et ne présentant que très peu d’attrait touristique. C’est dans l’histoire familiale et l’Histoire tout court qu’il faut chercher pour y trouver la réponse.

Dès notre arrivée, la dame de l’office du tourisme nous parle comme si de rien n’était des « eviction », comme si, nous connaissions par cœur l’histoire du pays. Je ne comprenais rien mais, je pouvais toucher du bout de mes doigts les traces douloureuses de ce désastre.
Le lieu est habité depuis le XVI° très vite la famille Vandeleur d’origine hollandaise y étend son pouvoir, c’est une famille de Landlord. La ville actuelle a été dessinée vers 1800 par John Ormsby Vandeleur, une information qui m’a peu surprise en voyant la largeur impressionnante de la rue principale. J’ai immédiatement pensé à une urbanisation récente.

Cet homme est un personnage de roman. Il a joué à Symcity pour de vrai en créant tout, de toute pièce. La ville entière lui appartenait, je croyais que la possession d’une ville par une seule personne était une invention des Cow-boys américains mais non, cela a existé aussi sur le vieux continent. Avec les guerres Napoléoniennes et le développement du port de pêche, la ville s’étend et s’enrichit. La famille Vandeleur se fait alors construire un manoir en 1803, celui-ci brûlera en 1897 mettant ainsi un point final à la domination de ces Landlord impitoyables. Ils ont obligé l’éviction de 20 000 personnes pendant la triste époque de la famine de 1845-1849. Cela paraît incroyable aujourd’hui que l’on puisse faire partir autant des gens de chez eux juste parce qu’un dénuement extrême leur avait empêché de payer leur redevances aux Lords. Pendant la décennie qui suivit la grande famine, un million de personnes sont mortes de faim ou d’épidémie et un million ont quitté l’Irlande. C’est ainsi que John Casey est parti pour l’Australie et de là pour la Nouvelle-Calédonie. Il a eu une fille : Anny qui a épousé Jean Creugnet un trisaïeul d’Alain. C’est donc par un effet papillon (sauf qu’ici, nous avons affaire à un balèze) et par curiosité filiale que nous avons foulé le sol de ce comté.

Un tableau du 19° et la vue de la rue principale avec ses voitures.