Je suis au fond du placard, rangé avec mes pairs de toutes couleurs et de toutes tailles. Je trouve le temps un peu long, un sentiment vague d’abandon m’enveloppe parfois. Je sais pourtant qu’en saison tropicale chaude, je ne suis pas utile. Chaque fois que la porte du placard s’ouvre, les "Bras” ne s’emparent que de débardeurs à bretelles et de maillots de plage. N’empêche, voilà quatre mois que je suis enfermé ici et je m’ennuie .
Pourtant, je sais que j’ai la préférence des "Bras" parce que je suis son seul vêtement à être tissé en “fleur de duvet de l’Himalaya”. Je me rappelle encore quand je poussais tant bien que mal sur le cou des chèvres tchang-ra. J’ai aimé cette jeunesse, perdue dans l’immensité des montagnes, mais je ne regrette rien, les "Bras" m’ont fait voyagé à travers le monde entier et je sais que je découvrirai encore avec eux, d’autres contrées méconnues.
Mon histoire avec “Les Bras” a commencé à Udaïpur. En y arrivant je n’avais rien vu de la ville, j’étais coincé dans une énorme balle de tissu serré avec d’autres moi-même. Le voyage en camion depuis Srinagar au Cashmire avait été épuisant à cause des cahots des routes et du bruit incessant des klaxons. Dans l’échoppe pour touristes dans laquelle j’étais soigneusement rangé, j’ai été manipulé par des dizaines de bras avant d’être choisi par ceux-là. Ils ont aimé ma capacité à ne prendre que peu de place, ma légèreté, mon soyeux, ma couleur lie de vin.
Ils ne m’ont pas jeté au fond d’une valise pour être donné à “je ne sais qui” peu sympathique, non, ils m’ont posé sur eux avec une infinie délicatesse avant même de sortir de la boutique.
Nous avons traversé ensemble la vieille ville et le lac Pichola est apparu. J’ai toujours beaucoup d’émotion en y repensant. Un sentiment de plénitude, de calme extrême, de magnificence m’a immédiatement envahi. Avec les "Bras", j’ai vu après cela bien d’autres étendues d’eau mais rien de comparable à celle-ci. Alors que l’eau peut se révéler parfois vivante et pétillante, ici elle évoquait l’esprit zen par excellence par son immobilité et sa couleur gris-bleuté. Des éléphants sculptés, immenses, et des palais de marbre blanc se reflétaient parfaitement sur son onde ajoutant un brin de magie au lieu.
Si j’ai un souvenir encore si vivace de ce moment là, c’est aussi parce ce que j’ai compris que les bras ressentaient la même chose que moi, une communion totale nous a ainsi lié pour toujours. Et, quand ils ont lancé une pièce de monnaie dans le lac en formulant ce vœu “ Je reviendrai à Udaïpur avec mon amour” j’étais dans un état proche de l’extase.
Ce que je vous raconte là, n’est qu’une des nombreuses émotions que nous avons vécu ensemble les bras et moi.
J’ai vu d’autres palais de maharadja et des tombeaux extravagants en Inde comme celui d’Agra, Paris au mois de mai, Venise pendant son carnaval, les glaciers du Canada pendant l’été indien, le Grand Canyon sous la neige, les pyramides d’Egypte, partout les "Bras" m’ont emmené avec eux.
En retour de ces émotions partagées, j’ai toujours eu le souci de bien protéger les bras du froid mordant et autres intempéries, en somme une association réussie et chaleureuse nous unie.
Ah, le placard s’ouvre, j’entends le bruit d’une valise que l’on traine, le déclic de sa serrure. Les "Bras" parlent d’un autre voyage, de désert de sable chauds et de chameaux, mes fibres palpitent, une tension extrême m’étreint. Je vois partir le pull en laine d’opossum, les sous-vêtement Chantelle, le Jean Malboro.
Horreur, la porte s’est refermée. Est-il possible que je sois délaissé que je finisse ma vie ici ou pire dans les cartons du Secours Catholique. N’ai-je pas fait tout ce qu’il fallait pour garder leur attention. Un sentiment d’amertume m’envahit….
Crouiccccc
“ Oh la la, un peu plus, j’allais oublier mon pashmina” .
Je me suis beaucoup amusée à composer cet exercice d'écriture. Il s'agissait de faire vivre un objet inanimé.
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1. Le lundi 28 avril 2008 à 18:23, par nicole
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