Je vous livre ici un extrait du livre de Villiers de L'Isle-Adam "Contes cruels", écrits à la fin du XIX°.

"Tout le monde, d'ailleurs, me parait, aujourd'hui, plus ou moins revenu d'éprouver quoi que ce soit. J'espère qu'il y aura bientôt quatre à cinq cents théâtres par capitale, ou les évènements usuels de la vie étant joués sensiblement mieux que dans la réalité, personne ne se donnera beaucoup la peine de vivre soi-même. Lorsqu'on voudra se passionner ou s'émouvoir; on prendra une stalle, ce sera plus simple. - Ce biais ne sera-t-il pas mille fois préférable, au point de vue du bon sens ?.. Qu'est-ce qui ne s'oublie pas un peu au cours d'un semestre ?"

J'ai beaucoup aimé ce livre au point de ne plus vouloir le rendre à sa propriétaire. Ici , l'auteur anticipe la venue de la télévision qui moutonne le peuple en lui faisant vivre des émotions par procuration. Cette clairvoyance anticipatrice m'a interpelée. A part cela, le style sublime de l'auteur m'a transporté à plusieurs reprises bien loin de mon moi.