Hier, j’ai eu la même conversation avec Arnaud et Frank. Bien évidemment à des espaces temps différents puisque Arnaud habite un peu loin d’ici.
La conversation est partie du cours (le seul ! ) de littérature du XX° que je suis actuellement à l’Université . Les étudiants et le prof commentent le livre de Sartre, “La nausée”. Je n’ai pas encore lu le livre en entier, mais de ce que j’en appréhende, c’est que le héros du livre attrape la nausée le jour où il se rend compte de la banalité de sa vie, toute tracée d’avance. Il comprends aussi que sa seule échappatoire sera d’écrire l’histoire d’un héros imaginaire.
On peut supposer que Sartre a réellement vécu cette sensation puisque, d’après sa biographie, il a écrit ce premier roman pour sortir de sa condition d’intellectuel analyste et pouvoir s’exprimer plus librement.

Ma question était de savoir si l’on peut vraiment écrire une histoire qui soit totalement sortie de l’imagination de son auteur ou, l’inverse ou, les deux à la fois.
Il me semble (probablement parce que je ne m’en sens pas capable) impossible de raconter une histoire qui ne prenne sa source dans le vécu de l’écrivain.
Je ne parle pas ici de détails matériels, on peut toujours inventer de toute pièce sa SimCity. Je parle au niveau des sensations et des sentiments. Comment exprimer une sensation ou un sentiment qui pourraient avoir une résonance chez le lecteur au point qu’il puisse les ressentir lui-aussi, si l’auteur n’a pas expérimenté cette sensation, ce sentiment lui-même ?
Prenons comme exemple un sentiment : L’amertume.
Le dictionnaire nous dit :
Amertume : Ressentiment mêlé de tristesse et de déception.
Ressentiment : Souvenir d’une injure, d’une injustice avec désir de se venger.
L’auteur peut-il véritablement imaginer :
-Quelles circonstances peut l’avoir généré ?
-Quels effets physiques et psychiques cela induit ?
-Quelles conséquences cela peut avoir sur le sujet et son environnement, à court et à long terme ?
-Quels mots mettre les uns à la suite des autres pour que le lecteur ressente une sensation d’amertume sans l’avoir jamais vécue lui-même ?
Si un auteur est capable de faire cela, bravo. Cela relève pour mes maigres aptitudes d’écrivaine de la mission impossible ; et naïvement, comme je pense que cela est impossible pour moi ; cela doit l'être également pour tout le monde.
Franck pense que cela est faisable, Arnaud penserait plutôt comme moi, et vous ?

Ils sont tous les deux d'accord sur un point, c'est que cela me fait réfléchir, trop chou.