Avec les Lions , nous avons visité le site de la future usine du Sud.

C’est quelque chose, cela m’a marqué.
L’entreprise qui a eu des déboires avec les populations locales, donne dans la com à fond, en proposant des visites du site aux calédoniens qui en font la demande (2 à 3 mois de délais, quand même, pour avoir un RDV). Le but de ces visites est de faire connaître, d’expliciter et de dédramatiser le fonctionnement de la future usine. Ils nous chouchoutent grave : transport depuis Nouméa, puis à l’arrivée petit dèj, après un brillant exposé oral par une charmante hôtesse, ensuite visite, à midi repas dans un des 4 restaurants de la base vie, re-visite on nous emmène à la pépinière et enfin un petit cadeau nous attend : Sac + tee-shirt + doc. Tout cela est entièrement gratuit.

J’ai eu d’abord l’impression de flirter avec la démesure. L’usine coûtera quelques 2 milliards de dollars US au total (200 milliards CFP). Il y a déjà 0, 75 milliards (75 milliards CFP) investis alors même que le projet n’est pas encore bien ficelé sur le plan législatif en rapport notamment avec l’ICPE : Le régime des installations classées pour la protection de l'environnement.
Les travailleurs sont partout (2500 en ce moment), ils se croisent sans cesse au volant de leurs engins démesurés eux aussi. Une des grues peut ainsi porter jusqu’à 1250 tonnes. Du belvédère (faré installé sur une colline , dominant le site) on a l’impression d’observer une fourmilière en activité estivale. Ca bosse dur et c’est le moins que l’on puisse dire.

Résultat le paysage a totalement changé par endroit,. Là ,où il y avait de douces collines vertes , on trouve maintenant des plaines de terre rouge.
La deuxième impression est purement artistique, j'aurai aimé avoir l'ojectif libre pendant plusieurs jours sur le site pour prendre des centaines de photos.

La technologie qui sera développée est une extraction par procédé hydrométallurgique, nouvelle technologie qui permet une extraction du nickel et du cobalt par procédé chimique. Le mot est lancé et déjà la peur ancestrale de la chimie liée à l’alchimie et à la sorcellerie refait surface. Nous avons tous peur de ce que nous ne connaissons pas et/ou ne maîtrisons pas. Pourtant, tout cela paraît simple pour le chimiste qui nous a reçu dans son labo en plus c’est joli, regardez donc les différents flacons qui caractérisent les différentes étapes de l’extraction chimique (nota, tous les flacons sont transparents).

Ici, dans le labo de chimie, des échantillons à tester.

Bien sûr, le souci reste, pour nous, le respect de l’environnement. D’abord, il y a la destruction du maquis minier : Un biotope unique au monde en terme de biodiversité. On nous explique que 30 hectares seront détruit par an. La couche superficielle (celle qui abrite la végétation) est décapée et laissée en réserve. Les végétaux sont broyés et réservés eux aussi. Ensuite les couches inférieures de minerais qui sont sorties, sont broyées, mélangées à l’eau et partent vers l’usine. Une fois l’extraction terminée la quasi totalité de la terre est remise dans le trou qui a été fait. On replace alors la couche superficielle + de l’humus + les végétaux broyés+ un filet de maintien de la terre. Il ne reste plus qu’à replanter , il est prévu 100 000 plants replacés par an soit, un, tout les 3 mètres carrés. Ni vu, ni connu. Si une usine pilote a fonctionné et a montré que le procédé était viable, il n’y a pas d’exemple concret de revégétalisation à grande échelle pour bien appréhender l’impact réel, de plus, il faudra attendre 8 ans avant que les premiers trous soient remplis et commencent à être revégétalisé . Quelquefois la théorie est bien loin de la réalité, alors ?????

Photo prise dans la forêt qui sera détruite dans un futur proche.
Le deuxième problème est le grand tuyau, qui va rejeter dans la passe de la Havannah des effluves chimiques notamment du manganèse. C’est le problème épineux du moment. Après le pont de Yaté, on peut lire des slogans tel que « Non au grand tuyau, plutôt mourir que de se sentir étranger sur sa propre terre ». C’est pas encore gagné. Mais laissons les spécialistes s’exprimer sur ce problème. On attend un nouveau rapport de l’ICPE sur le sujet.
La dernière impression que j’ai ressentie est quelque peu délirante. Autour de la base vie, ils ont laissé quelques îlots de végétation , eh bien aussi bizarre que cela puisse paraître j’ai ressenti la tristesse et la résignation des plantes. Cela fait un drôle d’effet. C’est comme si elles me disaient « Pourquoi avez-vous tué nos amies, nous avions confiance en vous , trahison ». J’ai eu honte d’être un humain.

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